Pierre François Lacenaire (1800-1836)

                                                                              

Il quitte le petit séminaire d’Alix après y avoir obtenu de brillants résultats. Il s’engage dans l’armée, mais déserte lors de l’expédition de Morée en 1829. Vols et escroqueries le mènent à plusieurs reprises en prison, où il suit, dit-il, son « université criminelle » et où il recrute ses comparses Victor Avril et François Martin. Il compose en prison une chanson Pétition d’un voleur à un roi son voisin qui révèle ses talents poétiques. Puis il rédige pour un journal Les prisons et le régime pénitentiaire qui remporte du succès.

Après un double assassinat minable il est dénoncé par ses complices alors qu’il séjournait à Chalon-sur-Saône. Il transforme son procès en tribune théâtrale et sa prison en salon. Il écrit Mémoires, révélations et poésie.

Lors de son exécution Lacenaire déclare : « J’arrive à la mort par une mauvaise route, j’y monte par un escalier… ». Selon une autre version, exécuté un lundi, il aurait déclaré : « Voilà une semaine qui commence mal. » La guillotine qui pourtant vient de couper la tête d’Avril s’enraye. Lacenaire tourne la tête et fait face à la lame que l’aide du bourreau Sanson fait tomber. Comme la monarchie de Juillet s’inquiète du courant de sympathie qui monte dans l’opinion autour de cet assassin atypique, la Gazette des tribunaux, journal officiel, écrit, contre toute vérité, que le coupable « n’a pas su affronter l’échafaud sans trembler ».

Une lecture de ses mémoires est indispensable pour comprendre l’enfance, le cheminement et l’évolution des nombreux troubles psychologiques de Lacenaire qui l’ont amené à se détruire par le crime (voir références bibliographiques plus bas).

Selon les mémoires de Monsieur Claude, chef de la Sureté sous le Second Empire, et greffier lors de l’arrestation de Lacenaire, ce dernier a été arrêté sous le faux nom de Jacob Lévi en 1834 à Beaune, pour escroqueries, par les chefs de la sureté de l’époque, Allard et Canler. Comme il se cache aussi sous les noms de Baton, Gaillard et Mahossier, les policiers ne savent pas tout de suite qu’ils détiennent Lacenaire. Il fut démasqué à cause de son écriture, comme étant le meurtrier de Chardon et sa mère, au passage du Cheval-Rouge, à Paris. Il aurait tué de nombreuses personnes avant de connaitre l’échafaud pour ce double crime. Il assassinait ses victimes au tire-point (outil de cordonnier) et frappait toujours dans le dos, ayant remarqué qu’une personne est bien moins combative quand elle est blessée au dos que sur le devant du corps.

Les monstres

Monstres du passé, présents et à venir, animaux, hommes, êtres vivants ou morts, imaginaires ou bien réels voici la nouvelle catégorie…

Et tout d’abord : qu’est ce qu’un monstre..?

Etymologie : du verbe latin : montrer, laissant supposer que le mot désignait un phénomène que l’on montrait dans les foires ou les cirques.

Une autre possibilité est la racine latine Monstrum signifiant simplement présage sans connotation péjorative. Par definition un monstre n’appartient pas à l’ordre du commun. Le monstre est un élement perturbateur, qui intrigue et fait peur.

Présent dans toutes les mythologies, il est souvent opposé à un héros et sert à le mettre en valeur: Thésée, Heraklès, Jason sont confrontés à des monstres. Le rôle du héros est de l’expulser de l’Univers afin de purifier le Monde cf le Chevalier et le Dragon expression du couple Saint-Michel-Démon…

Le monstre est la face obscure de l’homme, il sert à révéler les qualités du Héros tout en canalisant sa sauvagerie et sa violence.La litterature a fait souvent usage des monstres depuis Homère jusqu’à Jules Verne…

Jean Cayrol

Ecrit sur le mur

J’appartiens au silence

à l’ombre de ma voix

aux murs nus de la Foi

au pain dur de la France.

J’appartiens au retour

à la porte fermée

Qui frappe dans la cour

qui fredonne à la paix ?

L’aube nourrit la terre

à la source du feu

j’appartiens au ciel bleu

qui souffre sur la pierre.

Robert Desnos

DE LA ROSE DE MARBRE A LA ROSE DE FER
La rose de marbre immense et blanche était seule sur la place déserte
où les ombres se prolongeaient à l’infini. Et la rose de marbre seule
sous le soleil et les étoiles était la reine de la Solitude Et sans
parfum la rose de marbre sur sa tige rigide au sommet du piédestal de
granit ruisselait de tous les flots du ciel. La lune s’arrêtait
pensive en son coeur glacial et les déesses des jardins les déesses
de marbre à ses pétales venaient éprouver leurs seins froids.
La rose de verre résonnait à tous les bruits du littoral. Il n’était
pas un sanglot de vague brisée qui ne la fît vibrer. Autour de sa
tige fragile et de son coeur transparent des arcs en ciel tournaient
avec les astres. La pluie glissait en boules délicates sur ses
feuilles que parfois le vent faisait gémir à l’effroi des ruisseaux
et des vers luisants.
Le rose de charbon était un phénix nègre que la poudre transformait en
rose de feu. Mais sans cesse issue des corridors ténébreux de la mine
où les mineurs la recueillaient avec respect pour la transporter au
jour dans sa gangue d’anthracite la rose de charbon veillait aux
portes du désert.
La rose de papier buvard saignait parfois au crépuscule quand le soir à
son pied venait s’agenouiller. La rose de buvard gardienne de tous
les secrets et mauvaise conseillère saignait un sang plus épais que
l’écume de mer et qui n’était pas le sien.
La rose de nuages apparaissait sur les villes maudites à l’heure des
éruptions de volcans à l’heure des incendies à l’heure des émeutes et
au-dessus de Paris quand la commune y mêla les veines irisées du
pétrole et l’odeur de la poudre. Elle fut belle au 21 janvier belle au
mois d’octobre dans le vent froid des steppes belle en 1905 à l’heure
des miracles à l’heure de l’amour.
La rose de bois présidait aux gibets. Elle fleurissait au plus haut de
la guillotine puis dormait dans la mousse à l’ombre immense des
champignons.
La rose de fer avait été battue durant des siècles par des forgerons
d’éclairs. Chacune de ses feuilles était grande comme un ciel
inconnu. Au moindre choc elle rendait le bruit du tonnerre. Mais
qu’elle était douce aux amoureuses désespérées la rose de fer.
La rose de marbre la rose de verre la rose de charbon la rose de papier
buvard la rose de nuages la rose de bois la rose de fer refleuriront
toujours mais aujourd’hui elles sont effeuillées sur ton tapis.
Qui es-tu? toi qui écrases sous tes pieds nus les débris fugitifs de La
rose de marbre de la rose de verre de la rose de charbon de la rose
de papier buvard de la rose de nuages de la rose de bois de la rose
de fer. 
 Robert Desnos (”Les Ténèbres”, XXIV)

Paul Celan

Fugue de mort (1945)

Lait noir de l’aube nous le buvons le soir
le buvons à midi et le matin nous le buvons la nuit
nous buvons et buvons
nous creusons dans le ciel une tombe où l’on n’est pas serré
Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit
il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete
tes cheveux d’or
écrit ces mots s’avance sur le seuil et les étoiles
tressaillent il siffle ses grands chiens
il siffle il fait sortir ses juifs et creuser dans la terre une tombe
il nous commande allons jouez pour qu’on danse

Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
te buvons le matin puis à midi nous te buvons le soir
nous buvons et buvons
Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit
il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete
tes cheveux d’or
Tes cheveux cendre Sulamith nous creusons dans le ciel
une tombe où l’on est pas serré

Il crie enfoncez plus vos bêches dans la terre vous autres et vous chantez jouez
il attrape le fer à sa ceinture il le brandit ses yeux sont bleus
enfoncez plus les bêches vous autres et vous jouez encore pour qu’on danse

Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
te buvons à midi et le matin nous te buvons le soir
nous buvons et buvons
un homme habite la maison Margarete tes cheveux d’or
tes cheveux cendre Sulamith il joue avec les serpents

Il crie jouez plus douce la mort la mort est un maître d’Allemagne
il crie plus sombres les archets et votre fumée montera vers le ciel
vous aurez une tombe alors dans les nuages où l’on n’est pas serré

Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
te buvons à midi la mort est un maître d’Allemagne
nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons
la mort est un maître d’Allemagne son œil est bleu
il t’atteint d’une balle de plomb il ne te manque pas
un homme habite la maison Margarete tes cheveux d’or
il lance ses grands chiens sur nous il nous offre une tombe dans le ciel
il joue avec les serpents et rêve la mort est un maître d’Allemagne

tes cheveux d’or Margarete
tes cheveux cendre Sulamith

Paul Celan (1920-1970) : poète juif roumain de langue
allemande déporté dans les camps.